Trésor de la Cathédrale

14/09/2008 - Lu 1551 fois
Ouverture du Trésor, Juillet -Août 2009 : tous les jours de 15h à 18h30
et pendant les Journées du Patrimoine (19 et 20 septembre 2009) de 10h à 12 h et de 15h à 18h30

TRÉSOR DE LA CATHÉDRALE

L’art au service de la liturgie

Maintes fois détruit et reconstitué, le trésor de la cathédrale de Poitiers s’expose aux regards du public durant la période estivale. Composé de pièces d’une rare valeur, il est le reflet de l’histoire mouvementée de l’Église en général et de celle de Poitiers en particulier. Tous affectés au culte, ces objets méritent un détour.

Dès les premiers temps de l’Église, dès la stabilité géographique et temporelle de l’Église en fait, on a cherché à célébrer la gloire de Dieu avec des objets religieux de haute facture d’orfèvrerie. Or, vermeil, ivoire, pierres précieuses composent les ciboires, calices patènes, crosses, aiguières, lavabo, burettes, tous objets liturgiques très visibles des fidèles. Le trésor de chaque cathédrale est ainsi né de la volonté de montrer la richesse de tel ou tel diocèse. À preuve, lors des changements politiques, saccages, pillages ont fait disparaître des cathédrales ces objets de la liturgie, autant pour leur beauté artistique que pour leur valeur marchande. On dit même que le démantèlement de certains trésors a été le fait de voisins des cathédrales peu scrupuleux qui profitaient des périodes troubles pour s’approprier des objets de culte.



                                                                                  

Pillages et reconstitutions
Christian Barbier, conservateur départemental des antiquités et objets d’art de la Vienne revient sur le trésor de la cathédrale de Poitiers. «Le premier trésor a été constitué à l’époque médiévale et son histoire est une succession de pillages et de reconstitutions. Une première fois pillé, il fut reconstitué sous Jean de Berry. Pillé pendant les Guerres de Religions, il a été  patiemment reconstitué jusqu’à la Révolution, époque à laquelle tous les métaux précieux ont été fondus. Enfin, il a été reconstitué à partir du XIXe siècle». Les édits somptuaires n’ont pourtant pas atteint toutes les pièces et c’est ainsi qu’une aiguière royale du XVIIe
siècle, de l’orfèvre du roi, Nicolas de Launay, ayant appartenu à l’archevêque de Metz, Mgr de Montmorency Laval, est parvenue jusqu’à Poitiers dans les bagages de Mgr de Vareille, prélat poitevin, à l’époque évêque auxiliaire à Metz. D’une toute autre manière, un calice et une patène du XIXe siècle volés en 2004 ont été restitués par la gendarmerie de Clermont-Ferrand en 2008, à la grande satisfaction de
Christian Barbier qui n’y croyait plus. Le trésor de la cathédrale de Poitiers recèle ainsi des chefs-d’oeuvre d’orfèvrerie, qui pourtant n’ont rien à voir avec la richesse du premier trésor. Malgré tout, la diversité des origines et de la facture des objets, montre à quel point les artisans puis les artistes se sont toujours attachés à donner le meilleur d’euxmêmes pour la fabrication de ces objets de culte.
D’ailleurs, Christian Barbier relève que «ce n’est qu’à partir de la fin du MoyenÂge et au début de la Renaissance que les orfèvres ont eu la conscience d’être des artistes et de la pérennité de l’oeuvre».

Des goûts et des couleurs…
À ce propos, il précise que toutes les époques n’ont pas le même rapport avec les oeuvres d’art  cultuelles. «Au XVIIe, les oeuvres du XVIIe étaient déjà démodées», ce qui pose selon lui la question de la pérennité des oeuvres
contemporaines. L’exemple du buste reliquaire de saint Pierre de Vérone en est une illustration évidente. Situé dans la chapelle des
Dominicains dans la cathédrale, il était recouvert d’une peinture grise du plus mauvais effet. Datant du XVIe siècle, ont a découvert
au hasard d’une inspection la présence de peintures polychromes. Sa restauration par décapage minutieux au scalpel aura pris un temps infini, mais aujourd’hui, le buste siège dans la salle du trésor en attendant le buste de saint Thomas d’Aquin, provenant de la même chapelle, lui aussi en cours de restauration. Le visiteur sera surpris par les panneaux éclatés, d’une peinture sur bois, dont l’une représente une déposition de croix. Cette oeuvre dans l’état actuel montre à quel point on se préoccupait peu de ce que les anciens avaient construit. Ces panneaux peints proviennent en fait d’une ancienne chapelle des Cordeliers. Seulement ils ont été retrouvés derrière un confessionnal du XVIIIe siècle, alors qu’on les restaurait. «Cela montre que le goût est éphémère» poursuit Christian Barbier.  C’est la raison pour laquelle, pour faire le lien entre les anciens et l’Église d’aujourd’hui, on a pensé à introduire dans ce trésor un émaux des moines de Ligugé.

Classés ou inscrits, mais tous conservés
Ceci illustre aussi l’esprit de la conservation des objets de provenance particulièrement variée. Les critères sont simples. Pour être classé ou inscrit, un objet doit répondre à trois conditions: avoir un intérêt tout particulier par rapport à l’histoire, par rapport à la technique mise en oeuvre et bien sûr son caractère artistique. En fonction du degré d’importance de l’un ou l’autre de ces critères, l’objet est soit classé par arrêté  inistériel, soit inscrit par arrêté préfectoral. Ainsi retrouve-t-on une crosse d’évêque du XIIe- XIIIe ayant appartenu à saint Guillaume Tempier,
évêque de Poitiers. Il vient de fouilles faites près de Saint-Cyprien à Poitiers, quartier qui fut longtemps la sépulture des évêques de
ce diocèse. On trouve également une croix reliquaire provenant du monastère de Prailles, un encensoir provenant de  Lencloître ou une mallette épiscopale de Mgr de Vareille. Une crosse trouvée à Charroux, côtoie celle en ivoire de Mgr de Durefor. Un calice et une patène en vermeil du début de XVIIe siècle viennent de La Mothe-Saint-Héray. On arrêtera là l’inventaire car il serait trop long. On peut se demander toutefois quel est le propriétaire de ces objets. En fait, ils sont la propriété de l’État, de l’archevêché, des communes ou des
communautés religieuses et sont en dépôt au trésor. Mais, précise Christian Barbier, «tous ces objets sont affectés au culte». Car
c’est bien là la particularité du trésor. Il n’est ni musée, ni exposition d’objets d’art. «Le trésor fait partie de la cathédrale». Les objets
étant toujours affectés au culte, comme on l’a dit, il est possible sur simple demande, de les sortir pour une célébration. On comprendra que les autorités prennent des précautions sur la teneur de la célébration et les odalités de sortie. En dehors de ces sorties exceptionnelles, les amateurs d’art peuvent visiter le trésor en juillet et août. Le reste de l’année, il est possible de s’adresser à
la direction régionale des affaires culturelles, DRAC, pour une visite de groupe.
                    

                                                                                                                                                           Daniel BIRON                                                                                                                                        Courrier français 1er août 2008


Trésor de la cathédrale, ouvert
tous les jours en juillet et août
de 15h à 18h30.
Visite libre et gratuite. 

A l'occasion des Journées du Patrimoine, le Trésor de la cathédrale sera ouvert les 20 et 21 septembre 2009
En hiver visites sur demande 05 49 41 23 76