La restauration du Portail de Ste Radegonde

28/11/2007 - Lu 29280 fois
Article rédigé par Robert Favreau
à l'occasion de l'inauguration du Portail restauré de Ste Radegonde
le 24 Novembre 2007:
historique de cet espace


Autour du portail restauré de Ste Radegonde

Pour qui vient visiter l’église Sainte-Radegonde, se recueillir auprès du tombeau de la sainte, le clocher-porche et son portail flamboyant, et le parvis qui le précède seront les premiers abords.

Les clochers-porches apparaissent au XIe siècle et leur mode a été grande en Poitou à cette époque. La tour ou clocher-porche de Sainte-Radegonde, en belles pierres de taille, d’environ 33 m de haut, appartient à deux campagnes de construction, l’une au début du XIe siècle pour les deux premiers niveaux, l’autre à la fin du siècle avec la salle des cloches qui devient un octogone en sa partie supérieure. Les angles sont adoucis par de puissantes colonnes maçonnées ; quatre pyramidions d’angle marquent le passage du carré à l’octogone. Un toit à huit pans couronne l’ensemble. La tourelle d’escalier a été placée au nord et est coiffée d’un lanternon. L’allure est robuste mais austère, si ce n’est le portail flamboyant du XVe siècle qui cache aujourd’hui l’entrée du porche roman.


                                                      
                                                                                          Photo: Marc Taillebois

Ce portail a été installé par les chanoines à la fin du XVe siècle. Cette mise au goût du jour n’est pas isolée. Le chapitre de Notre-Dame-la-Grande fait alors construire un porche gothique sur le flanc sud de la collégiale, et au cours du deuxième tiers du siècle le trésorier du chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand, Robert Poitevin, dote sa collégiale d’un beau portail flamboyant du côté nord, dont on a gardé le dessin. Le portail flamboyant de Sainte-Radegonde est flanqué de contreforts avec niches et surmonté d’une balustrade ajourée. L’archivolte en tiers-point comporte plusieurs voussures ; la dernière est en partie masquée par des entrelacs ajourés et son cordon finement sculpté est orné de crochets. Des nervures prismatiques remplacent les colonnes. Au-dessus de la porte, divisée en deux par un trumeau et où l’on a constaté la présence de pièces de bois construites au XVe siècle d’une qualité exceptionnelle, un tympan élevé est décoré de cinq niches à dais abritant des statues.


  
                                                                                                                                  Photos: J. P. Crémier


Au centre, au-dessus du trumeau, se trouve la Vierge à l’Enfant. Elle a, à sa droite, saint Hilaire, le premier évêque connu  de la ville, à sa gauche sainte Radegonde, qui fit construire cette église, initialement dite de Sainte-Marie-hors-les-murs, pour abriter son tombeau. Radegonde est représentée avec couronne, sceptre et livre, iconographie qui tire probablement sa source de la statue de Radegonde par Legendre offerte au chapitre par la reine Anne d’Autriche et actuellement placée dans la crypte. Le rappel est évident du miracle des clés, dont un registre municipal retrace la légende à la date de 1463 : au début du XIIIe siècle le clerc du maire se serait entendu avec les Anglais pour leur livrer la ville le jour de Pâques, mais au moment convenu il ne trouva pas les clés, probablement de la porte de la Tranchée ; le maire, constatant la disparition des clés, se précipita en l’église Notre-Dame-la-Grande pour confier sa ville à la Vierge, et il découvrit les clés aux mains de la statue de Marie. En même temps Marie apparaissait sur les remparts avec Hilaire et Radegonde, et les ennemis, terrifiés, s’enfuirent. Les chanoines de Notre-Dame firent eux aussi placer les statues de Marie, Hilaire et Radegonde dans les niches au-dessus du porche gothique qu’ils venaient de faire construire. On plaça peut-être déjà les trois statues au-dessus de la porte de la Tranchée : celles qui s’y trouvaient et qu’on a installées à Saint-Hilaire-le-Grand au XIXe siècle sont du XVIIe siècle. On aura observé qu’à Sainte-Radegonde, la pieuse reine et moniale a la place d’honneur, à la droite de la Vierge. L’abbé Briand, curé de Sainte-Radegonde, écrit en 1898 : « On a refait récemment ces statues historiques, en y ajoutant celles de sainte Agnès et de sainte Disciole ». A la droite de Radegonde est sainte Agnès qu’elle institua comme première abbesse de l’abbaye qu’elle venait de fonder et qui prendra peu après le nom d’abbaye Sainte-Croix, Agnès, écrit-elle « que depuis son jeune âge j’ai traitée comme ma fille et que j’ai  formée ». A côté d’Hilaire a été placée la statue de sainte Disciole, nièce du saint évêque d’Albi Salvius, morte jeune moniale en l’abbaye Sainte-Croix : c’est la plus ancienne sainte de l’abbaye. Agnès et Disciole sont représentées dans le choeur et à l’entrée du choeur dans les peintures murales et les vitraux, et deux des trois autels du déambulatoire de la crypte leur sont dédiés.


                                             
                                                                 Photo: Marc Taillebois                                                                                       

Le petit parvis pavé, bien délimité, est un espace où l’on rendait la justice, au nom des chanoines, à ceux qui étaient dans la dépendance du chapitre de Sainte-Radegonde. Le juge se tenait en face du portail flamboyant, entre des lions de pierre ; sur les bancs, le long des murs, trouvaient place les assistants du juge, les avocats, les témoins, les partis. Aux deux entrées de face, vers l’extérieur, des anges agenouillés, tenaient des écussons armoriés, sans doute de la maison de France et du chapitre comme de chaque côté du portail. Ce rare espace de justice date de la fin du XVe siècle. La cathédrale avait un semblable parvis que les travaux du XIXe siècle ont défiguré. Des membres du chapitre ont été enterrés sous le parvis. Les paroissiens trouvaient, eux leur dernier repos dans le cimetière à gauche de l’église, aujourd’hui petite place au centre de laquelle se dresse une croix.

 

Robert Favreau

 

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L'inauguration du Portail restauré